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Le tapis au mur, quand la pièce se regarde de face

Les enfants l'appelaient le magasin où il y a la dame. Au showroom, toutes nos pièces sont accrochées au mur et se regardent de face, comme des tableaux. Comment accrocher un tapis sans l'abîmer.

Le tapis au mur, quand la pièce se regarde de face

Peut-on accrocher un tapis au mur ? Oui, à condition qu'il soit en bon état, qu'il supporte son propre poids et qu'on lui donne un appui continu sur toute sa largeur. Les conservateurs de textiles le font couramment pour les tapisseries, les pièces murales et les tapis : l'Institut canadien de conservation décrit une méthode simple, une bande auto-agrippante cousue sur une gaine de coton, elle-même fixée au revers du tapis, et une latte de bois vissée au mur. Les clous, les punaises et les agrafes plantées dans la pièce sont à proscrire, parce qu'ils déforment, déchirent ou laissent des traces de rouille. Pour une pièce de la maison, une précaution s'ajoute : la technique compte. Un tapis noué main, souple, et un tapis tufté main, plus rigide, ne réagissent pas de la même façon à la verticale, et la question se pose au showroom avant de percer. Chez Diacasan Edition, c'est notre manière de montrer les tapis : au showroom, toutes les pièces sont accrochées au mur.

Au showroom, toutes les pièces sont au mur

À la fin des années 2000, le photographe Emmanuel Thibault signe avec la maison un premier tapis, Meteor Angel. La pièce part d'une photographie : une figure féminine, des étoffes, une image traduite en velours. Au showroom, elle était accrochée au mur, comme toutes nos pièces, à hauteur d'yeux, comme un tableau. Les enfants qui passaient dans la rue l'avaient remarquée. Pour eux, c'était le magasin où il y a la dame.

L'anecdote fait sourire, et elle dit quelque chose de juste. Un tapis à hauteur d'yeux attire autrement qu'un tapis au sol. On ne le traverse pas, on s'arrête devant. Meteor Angel est aujourd'hui une pièce d'archive : elle appartient à l'histoire de la maison, qui ne la réédite pas pour l'instant. Mais c'est toujours ainsi que nous montrons nos tapis : d'abord de face, comme des images, avant qu'ils ne trouvent leur place au sol.

Tapis ou art textile : où passe la frontière ?

La frontière est floue, et la maison s'en accommode. Interrogée sur les mots « tapis d'art contemporain » et « tapis œuvre d'art », la fondatrice répond simplement : « On est dedans. » Nos pièces sont signées par des artistes, éditées en petites séries plutôt qu'en éditions numérotées, et pensées pour le sol autant que pour le regard.

C'est le cas de SPATIAL. Emmanuel Thibault y explore un territoire plus abstrait, plus minéral, tourné vers la texture plutôt que vers la figure. « Là où de nombreuses personnes ne voient que des cailloux, je vois des molécules ou des systèmes solaires ; dans du verre brisé, la lumière stellaire ; dans les yeux des fourmis, les architectures du siècle prochain », écrit-il. Ces dessins sont si détaillés que l'atelier du Népal doit employer le nouage le plus fin, et même tisser dans le travers pour en restituer les détails. Un tel travail se lit de près, à hauteur de regard.

La fiche de MINOTOR 2.0 dit la même chose avec d'autres mots : une composition « à mi-chemin entre tapis et œuvre d'art ». Le relief de Christian Signorel accroche la lumière, ce qui compte autant sur un mur que sur un parquet. Cette double lecture, entre l'objet que l'on vit et l'œuvre que l'on regarde, est au fond le travail d'un éditeur de tapis.

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Collection "Sur le Fil" par Renaud Allirand

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Comment accrocher un tapis sans l'abîmer ?

La méthode recommandée par l'Institut canadien de conservation repose sur un soutien continu. Une bande auto-agrippante comporte deux faces, l'une à crochets, l'autre à boucles. Comme elle est trop rigide pour être cousue directement sur le textile, on coud d'abord la face à boucles sur une gaine de coton prélavé ou un ruban de coton non teint. Cette gaine est ensuite cousue à la main au revers du tapis, à un centimètre environ du bord supérieur, du centre vers les côtés, avec de très petits points.

La face à crochets, elle, est agrafée sur une latte de bois d'environ un centimètre d'épaisseur, peinte à l'acrylique et bien sèche, légèrement plus longue que la bande. La latte se fixe au mur, puis on presse les deux faces l'une contre l'autre en partant du centre. Pour une pièce lourde, une seconde bande placée au milieu du revers soulage la bande supérieure. Pour décrocher, on glisse la main entre les deux faces, sans jamais tirer sur le tapis.

L'avantage est double. Le poids se répartit sur toute la largeur, sans point de charge, et le tapis peut être décroché rapidement. La méthode ne convient pas aux textiles trop fins ou fragiles. Les pièces de la maison sont des tapis de laine faits pour être foulés ; leur poids réel mérite d'être vérifié avant de choisir la largeur de la bande.

Noué ou tufté : ce que la technique change

Un tapis noué main au Népal est souple. Après le métier, il est lavé, raclé, retourné, étendu : il en sort si souple qu'un très grand format se plie dans sa caisse et reprend sa place une fois déplié. Un tapis tufté main en Inde est plus rigide, il voyage en rouleau et ne se plie pas. Ces deux comportements ne posent pas les mêmes questions à la verticale, et nous préférons qu'elles soient posées pièce par pièce, au showroom, plutôt que tranchées par une règle générale.

Une chose est sûre. Un tapis vit mieux en place que roulé dans une réserve. Sandrine l'a constaté sur des pièces stockées roulées pendant des années sans bouger : elles vieillissent moins bien que celles qui restent en place. Accroché correctement, un tapis reste à plat, soutenu, et continue d'être vu.

Lumière, poussière, insectes : les soins d'un tapis accroché

La lumière abîme tous les textiles, qu'elle soit naturelle ou artificielle. Elle dessèche les fibres et change les couleurs. Un tapis accroché face à une fenêtre exposée au soleil direct vieillira plus vite que le même tapis à l'ombre d'une cloison ; il vaut mieux voiler la fenêtre voisine ou choisir un autre mur. L'Institut canadien de conservation signale aussi qu'un tapis suspendu peut attirer davantage d'insectes, qui se glissent entre le tapis et sa doublure.

Le reste relève du bon sens d'atelier. Une latte de bois, une bande auto-agrippante, une gaine de coton, de la couture à petits points. Le tapis est au mur.

Texte rédigé par la maison Diacasan Edition à partir des entretiens avec Sandrine Demas, des fiches de nos collections et des recommandations publiées par l'Institut canadien de conservation, octobre 2026.

Sources : Suspension des textiles à l'aide de bandes Velcro, Notes de l'Institut canadien de conservation 13/4 ; Soins de base, tapis et moquettes, Institut canadien de conservation.

Questions fréquentes

Peut-on accrocher n'importe quel tapis au mur ?

Non. Le tapis doit être en bon état et capable de supporter son propre poids à la verticale. Les textiles trop fins, usés ou fragiles ne se suspendent pas avec cette méthode. Pour une pièce Diacasan, la technique compte aussi : un noué main est souple, un tufté main plus rigide, et nous préférons examiner chaque cas au showroom, avec les dimensions et le mur prévu, avant de conseiller l'accrochage.

Quelle est la meilleure méthode pour suspendre un tapis lourd ?

La méthode recommandée par les conservateurs de textiles est la bande auto-agrippante. La face à boucles est cousue sur une gaine de coton, elle-même cousue à petits points au revers du tapis, près du bord supérieur ; la face à crochets est agrafée sur une latte de bois fixée au mur. Le poids se répartit sur toute la largeur. Pour une pièce très lourde, une seconde bande au milieu du revers soulage la première.

Un tapis accroché au mur se décolore-t-il ?

Il peut se décolorer si la lumière est forte. La lumière naturelle comme la lumière artificielle dessèche les fibres et modifie les couleurs de tous les textiles. Le soleil direct est l'ennemi principal : mieux vaut choisir un mur qui ne reçoit pas les rayons d'une fenêtre, ou voiler celle-ci. Cette précaution vaut aussi pour un tapis posé au sol, que l'on peut en outre tourner régulièrement.

Faut-il des clous ou des agrafes pour fixer un tapis au mur ?

Surtout pas dans le tapis lui-même. Les clous, punaises et agrafes plantés dans le textile le déforment, le déchirent ou y laissent des taches de rouille. Les agrafes servent uniquement à fixer la bande à crochets sur la latte de bois, et les vis à fixer cette latte au mur. Le tapis, lui, ne reçoit que des points de couture discrets, à travers une gaine de coton qui le protège.

Qu'appelle-t-on art textile chez Diacasan ?

Nous éditons des tapis d'artistes, signés par leurs auteurs et édités en petites séries. Certains, comme ceux de la collection SPATIAL d'Emmanuel Thibault ou MINOTOR 2.0 de Christian Signorel, sont autant des surfaces à regarder que des sols à habiter. C'est pour cela qu'au showroom, toutes nos pièces sont accrochées au mur : on les découvre de face, comme des tableaux, avant de choisir celle qui trouvera sa place au sol.