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Soie, soie végétale, viscose : ce que change la brillance d'un tapis

Sous le nom de soie végétale se cache le plus souvent la viscose. Nature des fibres, tenue au sol, entretien : ce que la brillance change dans un tapis noué ou tufté.

Soie, soie végétale, viscose : ce que change la brillance d'un tapis

Un tapis vendu comme « soie de bambou » ou « soie végétale » est presque toujours en viscose, une fibre fabriquée en dissolvant de la cellulose puis en la filant à nouveau. Aux États-Unis, la Federal Trade Commission impose pour ces textiles l'appellation « rayonne issue du bambou », parce qu'il ne reste aucune trace de la plante dans la fibre finie. La soie est d'une autre nature : un filament de protéine sécrété par le ver à soie. Le Tencel, troisième nom souvent croisé, est une marque de lyocell, une autre fibre de cellulose tirée de la pulpe de bois. Les trois partagent une brillance que la laine ne possède pas. Ce qui les sépare tient à la finesse du dessin qu'elles permettent, à leur tenue sous le pas et à leur réaction à l'eau. Dans nos collections, la laine reste la matière principale ; la soie, la viscose et le Tencel interviennent pour faire jouer la lumière sur une partie du motif, ou sur une pièce entière quand l'artiste le demande.

Pourquoi un tapis brille, ou ne brille pas

La brillance dépend d'abord de la fibre. La laine de l'Himalaya que nous faisons filer à la main au Népal garde une irrégularité voulue : elle capte la lumière différemment selon l'angle et l'heure, par petites variations, sans la renvoyer d'un seul bloc. C'est ce que l'on attend d'un tapis noué main.

Une fibre de soie ou de cellulose régénérée renvoie la lumière plus franchement. Placée à côté de la laine dans un même tapis, elle devient un outil de dessin : une ligne, un aplat, une zone du motif se détache selon l'endroit d'où on le regarde. Pour qui choisit un tapis d'abord pour sa couleur, c'est la différence qui compte. Jean-Paul Espinosa, dont la collection PAINTINGS exprime une manière joyeuse de faire vibrer les couleurs, parle du tapis comme d'un territoire : « un lieu privilégié, personnel et rassurant, où l'on peut accueillir ses amis et sa famille ». Sur un tel territoire, la fibre décide de la façon dont la couleur se donne. Une teinte en laine tient d'un bloc. La même teinte, posée en fibre brillante, change au fil de la journée.

La soie, une fibre animale réservée au détail

La soie est faite de fibroïne, une protéine que le ver à soie sécrète en filaments au moment de filer son cocon. Son fil est très fin. Dans un tapis noué, cette finesse autorise des détails que la laine ne permet pas, et elle en fait aussi l'une des matières les plus coûteuses du métier. La directrice artistique de la maison le formule sans détour en entretien : avec la soie, le fil est super fin, le tapis devient très sophistiqué, et ce segment n'est pas celui sur lequel Diacasan travaille.

Nous l'employons donc peu, et par touches. Dans SUR LE FIL, la collection de Renaud Allirand nouée main au Népal, la soie se mêle à la laine et au chanvre. Elle accompagne le passage du trait du graveur dans la matière, à côté de fibres plus rustiques qui gardent au tapis son caractère. Les pièces de la collection se voient sur la page SUR LE FIL, gravures de Renaud Allirand nouées main au Népal.

Soie végétale, soie de bambou : ce que disent les étiquettes

Le bambou, comme le bois, peut servir de matière première à la viscose. La Federal Trade Commission rappelle qu'un textile ne peut être appelé « bambou » que s'il est fait directement de fibre de bambou. Lorsque la plante a été réduite en pulpe puis transformée chimiquement, la fibre obtenue est une rayonne, et elle doit être étiquetée « rayonne (ou viscose) issue du bambou ». L'autorité américaine ajoute que le procédé emploie des substances chimiques polluantes, et que la fibre finie ne conserve pas les propriétés de la plante : les vertus antibactériennes prêtées au bambou ne passent pas dans la rayonne, et toute allégation de ce type doit être prouvée par des essais.

Soie végétale, soie de bambou, soie artificielle : ces appellations commerciales désignent le plus souvent la même famille de fibres. La composition exacte, indiquée sur la fiche d'une pièce, reste le moyen le plus sûr de savoir ce que l'on choisit. Sur nos fiches, la viscose s'appelle viscose.

La viscose au sol : une brillance qui demande des égards

La viscose donne une brillance franche, obtenue par le traitement chimique de la fibre. Elle a aussi ses fragilités, que décrit Lisa Wagner, spécialiste du nettoyage de tapis certifiée par le National Institute of Rug Cleaning : des fibres faibles, que le passage et l'aspiration finissent par arracher, une teinture qui tient moins bien que sur la laine, une fibre qui jaunit facilement lorsqu'elle est mouillée, un velours qui peut se raidir et s'emmêler après un nettoyage. Avec le temps et les nettoyages, note-t-elle, l'aspect d'un tapis en viscose se dégrade plus vite que celui d'une laine.

Un tapis en viscose trouve donc sa place là où l'on marche peu, et il se confie à un professionnel informé de sa composition. Nous l'éditons en connaissance de cause. Le tapis Bricks d'Emmanuel Thibault, collection SPATIAL, noué main au Népal, se réalise en laine ou en viscose : un même dessin, deux lumières, deux façons de vivre au sol. La collection explore un territoire abstrait et minéral, tourné vers la texture plutôt que vers la figure ; la brillance de la viscose y sert la matière autant que le motif.

Le Tencel, une cellulose obtenue autrement

Le Tencel est une marque de lyocell, détenue aujourd'hui par le groupe Lenzing. Comme la viscose, c'est une fibre de cellulose tirée de la pulpe de bois. Sa fabrication en diffère : la pulpe est dissoute dans un solvant récupéré et réemployé en circuit fermé, à plus de 99 % selon le fabricant cité par le Science Museum Group. Lenzing indique s'approvisionner en bois et en pulpe certifiés FSC ou PEFC, et la fibre est décrite comme recyclable et biodégradable.

Dans nos ateliers indiens, le Tencel s'associe à la laine dans des tapis tuftés main. MINOTOR 2.0, la nouvelle interprétation par Christian Signorel de l'une des signatures de la maison, joue de ce dialogue entre matières et lumière dans ses formats Oblong et Nef : la page MINOTOR 2.0, laine et Tencel tuftés main en Inde en montre les coloris empruntés à la pierre. La collection VUE DU CIEL de Sophie Tolachides associe de la même façon laine de Nouvelle-Zélande et Tencel. Pour certaines pièces de PAINTINGS, la collection de Jean-Paul Espinosa, l'artiste tient au Tencel pour sa vibration ; Sandrine les fait aussi réaliser en laine pour les clients qui le demandent.

Vivre avec un tapis qui brille

Une fibre brillante change l'entretien autant que l'aspect. La laine supporte l'eau et les années : un noué main se lave, se patine et vieillit bien. La cellulose régénérée demande plus de précautions. Le choix se fait donc à deux niveaux : la lumière que l'on veut voir au sol, et la vie que le tapis aura dans la pièce. Un salon traversé du matin au soir ne demande pas la même fibre qu'une chambre ou qu'un mur.

La laine reste pour nous la matière noble, et les fibres brillantes l'accompagnent. « Nous aimons les belles matières », dit l'éditrice. La brillance en fait partie, dosée pièce par pièce, selon le dessin de l'artiste et l'usage de la pièce où le tapis vivra.

Le plus juste reste de voir les matières côte à côte, à la lumière du jour, et de tourner autour. Nos showrooms de la rue du Bac et de la rue Cardinet se prêtent à ce regard : les showrooms Diacasan à Paris. Les gestes d'entretien propres à chaque fibre sont détaillés dans notre article sur l'entretien d'un tapis en laine.

Laine, chanvre et soie pour SUR LE FIL. Laine et Tencel pour MINOTOR 2.0. Chez nous, la brillance se dose.

Texte rédigé par la maison Diacasan Edition, éditeur parisien de tapis d'artistes, à partir des entretiens avec Sandrine Demas, des fiches de nos collections et des sources techniques citées ci-dessous, octobre 2026.

Sources : Federal Trade Commission, How to Avoid Bamboozling Your Customers ; SGS, US FTC fines companies for false labeling on so-called bamboo textiles (mai 2022) ; Encyclopaedia Britannica, Fibroin ; Lisa Wagner, Viscose rayon rugs, Cleanfax ; Science Museum Group, Fibre production of Tencel.

Questions fréquentes

Un tapis en soie de bambou est-il en soie ?

Non, dans la très grande majorité des cas. La soie de bambou est une viscose : la plante est réduite en pulpe, la cellulose est dissoute puis filée à nouveau. La Federal Trade Commission américaine interdit d'ailleurs de l'appeler simplement « bambou » et impose la mention « rayonne issue du bambou ». La soie est une fibre animale, faite de fibroïne, une protéine sécrétée par le ver à soie. Les deux brillent, mais elles n'ont ni la même origine ni la même tenue au sol.

La viscose est-elle une matière naturelle ?

La viscose part d'une matière naturelle, la cellulose du bois ou du bambou, mais c'est une fibre artificielle : la cellulose est dissoute chimiquement puis filée. Selon la Federal Trade Commission, il ne reste aucune trace de la plante d'origine dans la fibre finie, et le procédé emploie des substances chimiques polluantes. On parle de fibre cellulosique régénérée. Le Tencel appartient à la même famille, avec un procédé différent où le solvant est récupéré en circuit fermé.

Peut-on laver un tapis en viscose ?

Pas soi-même, et pas à grande eau. Les fibres de cellulose jaunissent facilement lorsqu'elles sont mouillées, la teinture y tient moins bien que sur la laine, et le velours peut se raidir après un nettoyage, selon la spécialiste du nettoyage de tapis Lisa Wagner. Une tache s'éponge sans frotter, puis le tapis se confie à un professionnel informé de sa composition. Un tapis en laine supporte beaucoup mieux l'eau, ce qui explique en partie la place que nous lui gardons.

Quelle différence entre Tencel et viscose ?

Les deux sont des fibres de cellulose tirées du bois et filées après dissolution. Le Tencel est une marque de lyocell, détenue par le groupe Lenzing, fabriquée avec un solvant récupéré et réemployé en circuit fermé, à plus de 99 % selon le fabricant. La viscose est obtenue par un autre procédé chimique. Dans un tapis, l'une et l'autre apportent de la brillance. Nous associons le Tencel à la laine dans des tapis tuftés main en Inde, notamment dans la collection MINOTOR 2.0.

Pourquoi un tapis en soie coûte-t-il si cher ?

Parce que le fil de soie est très fin. Il permet de nouer des détails d'une grande finesse, ce qui multiplie le temps de travail, et la matière elle-même est coûteuse. Les tapis tout en soie forment un segment à part, très sophistiqué, sur lequel la maison a choisi de ne pas travailler. Nous employons la soie par touches, mêlée à la laine et au chanvre, comme dans la collection SUR LE FIL de Renaud Allirand, nouée main au Népal.