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Quand la peinture passe au sol : PAINTINGS de Jean-Paul Espinosa

Jean-Paul Espinosa peint au sol. De ses toiles, nous isolons des fragments que l'atelier traduit en laine ou en Tencel. Ainsi sont nés The Rose, puis Everglades et la collection PAINTINGS.

Quand la peinture passe au sol : PAINTINGS de Jean-Paul Espinosa

Jean-Paul Espinosa peint au sol. La toile est posée à plat, la couleur y est lancée plus que posée, et c'est dans ces gestes rapides que naissent les tapis de la collection PAINTINGS. Un tapis abstrait, chez Diacasan Edition, est donc d'abord un fragment de peinture. Nous isolons dans une toile une zone qui tient seule, nous la regardons à l'échelle d'un sol, puis notre atelier en Inde la traduit en tufté main, en découpant l'image en plages de couleur que la laine ou le Tencel peuvent restituer. Le premier de ces fragments s'appelle The Rose. Il ne représentait pas une rose au départ : seulement des fulgurances de couleur, dans lesquelles quelqu'un a cru voir la fleur, et le nom est resté. Depuis, la collection a gagné en complexité jusqu'à Everglades, une pièce très complexe, que l'atelier a mise au point avec nous. La peinture ne change pas de nature en passant au sol. Elle change d'échelle, de matière, et de manière d'être regardée.

Comment une peinture devient-elle un tapis ?

Par une suite de choix. Jean-Paul Espinosa ne livre pas un dessin technique : il apporte sa peinture, parfois sa photographie, et c'est à la maison de trouver le tapis dedans. Le premier choix est celui du cadrage. Dans une toile foisonnante, il faut repérer le fragment capable de tenir sur deux ou trois mètres sans perdre sa tension.

Le second choix est celui des zones. Un tapis tufté ne se fabrique pas par dégradés continus : il faut déterminer des zones de couleur, que l'artisan exécutera l'une après l'autre. Notre interlocuteur en Inde connaît bien les tapis de Jean-Paul Espinosa et sait isoler ces zones dans une peinture. Pour les couleurs, la directrice artistique et l'artiste choisissent ensemble des pompons de laine teinte, envoyés à l'atelier avec l'image : ce bleu-ci, ce rouge-là.

Emmanuel Thibault, photographe et complice de l'artiste, intervient souvent en amont. Il photographie les toiles, les recadre, nettoie les images pour qu'elles deviennent exploitables. The Rose est passé par ses mains avant d'arriver à l'atelier. Le travail se fait ainsi à quatre mains, et la maison les réunit.

Pourquoi tufté main en Inde, et pas noué au Népal ?

Parce que nous avons essayé, et que le noué ne convenait pas à ces créations. Le noué main excelle dans d'autres écritures, celles de SPATIAL ou de SUR LE FIL. La touche d'Espinosa, faite de gestes rapides et de couleurs jetées, demandait une autre technique. Le tufté main permet de poser la couleur zone par zone.

Encore fallait-il apprendre à moduler ce tuftage. La mise en œuvre s'est faite par tâtonnements : les artisans ont dû trouver comment restituer la touche de l'artiste, et pour chaque pièce la même question revenait, que garder de la toile, que réinventer dans le textile ? Everglades en est l'exemple le plus abouti. La pièce est très complexe ; l'atelier avait tout préparé, puis nous avons passé du temps ensemble à l'ajuster. Cette patience tient à la relation : c'est le même atelier, en Inde, avec lequel la maison travaille depuis vingt-cinq ans.

Laine, Tencel ou viscose : la matière de la touche

La matière décide de la manière dont la peinture glisse sur le sol. Nous avons fait le test avec Jean-Paul Espinosa. En laine, le velours prenait un léger côté saccadé, qui ne va pas à ce genre de dessin. L'artiste a dit qu'il n'aimait pas, et il avait raison. Le Tencel apporte la fluidité qui manquait.

Les pièces de PAINTINGS existent donc en plusieurs matières. Colorful et Everglades se font en laine ou en Tencel ; Clairière en laine ou en viscose ; The Rose et Forêt de Cristal en laine, en Tencel ou en viscose. Certains clients les veulent en laine, et nous les leur éditons ainsi. Le choix revient à celui qui vivra avec la pièce, une fois qu'il a vu les deux.

La collection a aussi été triée. Depuis The Rose, nous avons écarté certaines pièces et gardé celles qui racontent le mieux le travail du peintre. The Rose reste l'emblème des débuts ; Everglades montre jusqu'où l'écriture s'est élaborée depuis. Forêt de Cristal, qui date des premiers temps, est restée au catalogue pour cette raison précise : elle garde la mémoire d'une étape, et l'on mesure en la regardant à côté d'Everglades le chemin parcouru par l'artiste et par l'atelier.

La couleur comme territoire

Chez Jean-Paul Espinosa, la couleur n'est pas un habillage. « La couleur passe par moi et je la guide », dit-il. L'arbre, la nature, le végétal reviennent dans tout son travail : Clairière, Forêt de Cristal, Everglades portent des noms de lieux où l'on pourrait entrer. Lui-même définit le tapis ainsi : « Je conçois le tapis comme un territoire : un lieu privilégié, personnel et rassurant, où l'on peut accueillir ses amis et sa famille. »

Cette idée a guidé la manière de montrer la collection. Everglades a été photographié sur un ponton, au bord de l'eau, une idée de Sandrine pour donner à la pièce le paysage que son nom appelle. Le même univers se prolonge hors du tapis, avec les coussins de sol Forêt de Cristal, en 115 x 115, déclinés en blanc, jaune, bleu et vert.

Où vit un tapis de peintre ?

Souvent là où on ne l'attend pas. Dans un appartement haussmannien de Paris 7, refait par un décorateur ami de la maison, le projet voulait une pièce qui dialogue avec le parquet d'époque sans le supplanter, quelque chose de très coloré mais qui sache se taire quand il le faut. Un tapis PAINTINGS a répondu. Il vit avec des fauteuils en cuir cognac, des murs blancs et des moulures hautes, sans jamais paraître déplacé dans cet écrin classique.

Ce tapis a son public. L'amateur d'Espinosa cherche une pièce qui vibre, une couleur qui change avec le jour, une émotion plus qu'une démonstration. Il est rarement le même que l'amateur de Christian Signorel, et l'éditrice s'en amuse : les deux univers ne touchent pas les mêmes personnes. C'est précisément ce que permet le métier d'éditeur : faire coexister des écritures qui ne se ressemblent pas, et trouver pour chacune l'atelier qui la sert.

Une toile au sol, un fragment, quelques pompons de laine. Puis l'atelier.

Texte rédigé par la maison Diacasan Edition à partir des entretiens avec Sandrine Demas, des fiches de la collection PAINTINGS et des échanges avec notre atelier en Inde, octobre 2026.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un tapis abstrait d'artiste ?

C'est un tapis dont le dessin vient d'une œuvre abstraite, peinture, photographie ou gravure, plutôt que d'un motif décoratif. Dans la collection PAINTINGS, il s'agit de fragments de toiles de Jean-Paul Espinosa, choisis pour leur capacité à tenir à l'échelle d'un sol, puis traduits en tufté main en Inde. Chaque pièce est signée par l'artiste et éditée par la maison, qui choisit le cadrage, les couleurs et la matière avec lui.

Un tableau peut-il être reproduit fidèlement sur un tapis ?

Il est traduit plus que reproduit. Une peinture passe d'une nuance à l'autre sans rupture ; un tapis tufté se construit par zones de couleur que l'artisan exécute une à une. Il faut donc choisir les zones, choisir les teintes de laine à l'aide d'échantillons, et accepter de réinventer certains passages dans le textile. Le résultat garde la touche de l'artiste, pas l'exactitude d'une photographie.

Pourquoi certains tapis PAINTINGS sont-ils en Tencel ?

Parce que le Tencel rend mieux la fluidité de la peinture de Jean-Paul Espinosa. Lors des essais, la laine donnait au velours un léger côté saccadé qui ne convenait pas à ces dessins, et l'artiste a préféré le Tencel. Les pièces restent possibles en laine, que certains clients demandent. Selon les modèles, la collection existe aussi en viscose. Le mieux est de comparer les matières au showroom.

Un tapis très coloré peut-il aller dans un intérieur classique ?

Oui. Dans un appartement haussmannien du 7e arrondissement de Paris, un tapis PAINTINGS vit avec un parquet d'époque, des fauteuils en cuir cognac, des murs blancs et des moulures hautes. Le décorateur cherchait une pièce très colorée qui sache se taire quand il le faut. La clé tient au reste de la pièce : quand le décor est sobre, la couleur du tapis devient le point d'appui de l'ensemble au lieu de le concurrencer.

Qui est Jean-Paul Espinosa ?

Jean-Paul Espinosa est un plasticien lyonnais qui crée des objets à la frontière entre art et design. Il aime passionnément la couleur et la travaille avec spontanéité et ampleur, souvent en peignant au sol. Ses deux matières de prédilection sont le tapis et la lumière. Chez Diacasan, il signe la collection PAINTINGS, dont The Rose, Clairière, Colorful, Everglades et Forêt de Cristal, tuftées main en Inde.