Laine de l'Himalaya, laine de Nouvelle-Zélande : à chacune son tapis
Filée à la main sur les hauteurs, ou d'une blancheur qui ne pardonne rien : pourquoi nous nouons la laine de l'Himalaya au Népal et tuftons celle de Nouvelle-Zélande en Inde.

Pourquoi travailler avec plusieurs laines quand le mot laine semble tout dire ? Parce qu'elles ne portent pas la couleur de la même façon. La laine de l'Himalaya, que nous faisons nouer au Népal, est filée à la main et garde une irrégularité naturelle : sa couleur varie légèrement d'un fil à l'autre, change avec l'angle du regard et l'heure du jour, et se patine avec les années. La laine de Nouvelle-Zélande, que nous employons pour le tufté main en Inde, est d'une grande pureté et d'une blancheur régulière : c'est elle qui permet des tons clairs nets, des écrus sans ombres, des couleurs franches posées en aplat. L'une sert la profondeur et le temps long du noué. L'autre sert la netteté et la clarté du tufté. Pour un tapis de salon en laine, le choix se fait donc d'abord sur la couleur que l'on veut vivre : vibrante et changeante, ou claire et égale. Le reste en découle, la technique, l'atelier, le délai.
La laine de l'Himalaya, une irrégularité recherchée
Elle vient des hauteurs, et elle est filée à la main. C'est avec elle que tout a commencé : la fondatrice a créé Diacasan pour le noué du Népal, avant même que le tufté ne devienne la part la plus large de nos collections. Selon Wikipedia, le tapis tibétain utilisait à l'origine le changpel, la toison des moutons des hauts plateaux ; les ateliers créés ensuite au Népal ont, eux, privilégié des laines à fibres longues et riches en lanoline.
Le filage main ne cherche pas la régularité. D'un fil à l'autre, l'épaisseur change un peu, et avec elle la façon dont la teinture prend et dont la lumière revient. Sur un aplat, la couleur bouge quand on tourne autour du tapis, et change avec l'heure. C'est cette surface vivante que portent les pièces de NEPALESE RUGS, nouées au Népal en laine de l'Himalaya, une collection où le savoir-faire tient lieu de motif.
La même laine se mêle parfois à d'autres fibres. Dans SUR LE FIL, les dessins de Renaud Allirand sont noués en laine de l'Himalaya, en chanvre et en soie. Dans SPATIAL, les compositions minérales d'Emmanuel Thibault, tournées vers la texture plutôt que vers la figure, sont nouées en laine de l'Himalaya ou en viscose.
La laine de Nouvelle-Zélande, la pureté des tons clairs
Elle est blanche, et c'est tout son intérêt. Te Ara, l'encyclopédie de Nouvelle-Zélande, rappelle que la laine néo-zélandaise est blanche et peut donc être teinte dans une multitude de couleurs, et qu'environ la moitié de la production du pays est une laine forte, classée comme idéale pour le tapis. Une laine issue de moutons mal sélectionnés ou de conditions difficiles tire au contraire vers le jaune, et ne se teint qu'en couleurs foncées.
Cette pureté compte particulièrement sur les coloris clairs. Une laine mal dégraissée laisse, sur un écru ou un ivoire, des ombres qui ressemblent à des taches. Dans le tufté, nous n'en voulons pas. En Inde, l'atelier mélange ainsi la laine de Nouvelle-Zélande, la référence, à une laine locale. Savoir doser ce mélange, c'est le travail de l'atelier.
Les collections qui vivent de clarté en sont faites. Les tapis de GRAND NORD, signés Messieurs, sont tuftés en laine de Nouvelle-Zélande, une laine généreuse et ébouriffée qui répond au bleu arctique par un blanc franc. Dans VUE DU CIEL, Sophie Tolachides fait courir des lignes sinueuses sur une laine de Nouvelle-Zélande associée au Tencel, tuftée main en Inde.
Les pièces les plus chromatiques de la maison passent aussi par l'Inde. Les tapis de PAINTINGS, où Jean-Paul Espinosa fait vibrer la couleur de ses toiles, sont tuftés main là-bas : l'atelier sait isoler chaque zone d'une peinture et lui donner sa laine, sa teinte, sa place. Une couleur franche, posée sans ombre, demande une fibre qui ne la trouble pas.
Pourquoi ne pas intervertir les deux ?
Parce que chaque laine perdrait ce qu'elle apporte. Une laine de Nouvelle-Zélande dans un noué népalais donnerait un tapis plus lisse, qui perdrait son âme. Sandrine est catégorique sur ce point : « Au Népal, on ne veut pas de Nouvelle-Zélande. Moi, je ne veux pas de cette pureté-là. »
À l'inverse, l'irrégularité que l'on aime au Népal deviendrait un défaut dans un tufté clair : sur un fond ivoire, une variation du fil se lirait comme une salissure. Chaque laine a donc sa place, et la maison s'y tient.
Et les laines d'Europe ?
Elles ont leur place, sous surveillance. En Italie et en France, nos ateliers réalisent du tufté, du mobilier et de la confection. Les laines européennes y sont de belle qualité, mais la pureté des blancs et des écrus demande une vigilance constante. Pour certaines pièces, il est aussi possible d'y demander une laine de Nouvelle-Zélande.
D'autres laines, enfin, ont fait l'objet d'une recherche à part entière. La maison a travaillé une collection d'unis tout entière consacrée à la laine du Rajasthan, sans motif pour la couvrir : la couleur y tient seule, d'un bord à l'autre. C'est une autre façon de faire parler une laine, en lui laissant toute la surface.
La laine fait-elle tout ?
Non, mais rien ne se fait sans elle. La directrice artistique le dit nettement : un tapis n'est pas beau parce qu'il est noué ou tufté. Il y a d'abord le dessin, puis ce que l'on met dedans. La qualité de la laine, son traitement, le poids de matière au mètre carré : avec un même dessin et une même technique, deux tapis peuvent avoir une allure très différente selon ces choix.
C'est pour cela que la laine se choisit tôt, en même temps que la technique. Un dessin graphique aux contours nets, en couleurs claires, appellera une laine pure et un tufté. Un aplat profond, que l'on veut voir changer avec la journée, appellera une laine filée main et un noué. Entre les deux, il y a la conversation avec l'atelier, et les échantillons que l'on pose côte à côte avant de décider.
Au showroom parisien, nous gardons ces échantillons à portée de main. Le plus simple reste de les toucher : entre une laine filée main et une laine très pure, la différence se sent sous la paume avant de se voir.
Comment choisir la laine d'un tapis de salon ?
En partant de la couleur, puis de la vie de la pièce. Si vous cherchez un bleu profond, une terre, un vert qui change avec la journée, la laine de l'Himalaya nouée main vous donnera cette vibration, et une patine avec les années. Si vous cherchez un écru net, un blanc franc, un dessin aux contours précis en couleurs claires, la laine de Nouvelle-Zélande tuftée main tiendra mieux ces tons.
Le délai et la taille interviennent ensuite. Un grand noué demande quatre à six mois ; un tufté se réalise plus vite. Quelle que soit la laine, nos fiches recommandent d'aspirer délicatement, dans le sens des mèches, et d'éviter l'exposition prolongée au soleil. Nous détaillons cet arbitrage dans noué main ou tufté main.
Méfiez-vous enfin des laines trop belles le premier jour. L'éditrice se souvient d'une époque où certains tapis de Turquie étaient faits de ce que le métier appelle des laines mortes : superbes à l'achat, gris un an plus tard. « La laine, c'est une fibre naturelle, elle est vivante », rappelle-t-elle. Une laine prélevée sur un animal mort perd cette vie, et la couleur s'éteint. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous allons voir la matière dans les ateliers, et c'est ce qui permet à nos noués de vieillir comme nous le racontons dans un tapis se patine.
Laine de l'Himalaya, filée main, nouée au Népal. Laine de Nouvelle-Zélande, tuftée main en Inde.
Texte rédigé par la maison Diacasan Edition à partir des entretiens avec Sandrine Demas sur la matière et les ateliers, et de nos échanges avec nos ateliers du Népal et d'Inde, octobre 2026.
Sources : Wikipedia, Tibetan rug ; Te Ara, Encyclopedia of New Zealand, Using New Zealand wool, carpets.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure laine pour un tapis ?
Il n'y en a pas une seule : la meilleure laine est celle qui convient à la technique et à la couleur du tapis. Pour un noué main, nous choisissons la laine de l'Himalaya, filée à la main, dont l'irrégularité donne de la profondeur et une patine avec le temps. Pour un tufté main aux tons clairs, la laine de Nouvelle-Zélande, très pure, tient mieux les écrus et les blancs. Dans les deux cas, une laine vivante, bien traitée, compte davantage que son origine seule.
Qu'est-ce que la laine de l'Himalaya ?
C'est la laine que nous faisons nouer au Népal pour nos tapis noués main. Chez Diacasan, elle est filée à la main, ce qui lui garde une irrégularité naturelle : le fil varie légèrement d'épaisseur, prend la teinture de façon nuancée et renvoie la lumière selon l'angle. C'est la laine de nos collections NEPALESE RUGS, SUR LE FIL et SPATIAL, nouées au Népal avec un atelier partenaire depuis vingt-cinq ans.
Pourquoi la laine de Nouvelle-Zélande est-elle si utilisée pour les tapis ?
Parce qu'elle est blanche et pure, ce qui permet de la teindre dans une très large gamme de couleurs, y compris des tons clairs sans ombres. Une bonne partie de la production néo-zélandaise est d'ailleurs une laine forte, adaptée au tapis. Nous l'employons pour le tufté main en Inde, souvent mêlée à une laine locale par l'atelier. Elle est indispensable sur les écrus et les blancs, où une laine mal dégraissée laisserait des marques ressemblant à des taches.
Un tapis en laine convient-il à un salon ?
Oui, c'est même la matière que nous recommandons pour une pièce de vie. La laine est une fibre naturelle et résistante ; un noué main en laine de l'Himalaya supporte beaucoup et vieillit bien, et un tufté en laine de Nouvelle-Zélande garde des couleurs claires nettes. Le choix se fait plutôt sur la couleur, le format et le délai. Au showroom, nous vous invitons à toucher les deux laines côte à côte avant de décider.
Qu'est-ce qu'une laine morte ?
C'est une laine prélevée sur un animal mort, et non tondue sur un animal vivant. Elle peut sembler très belle à l'achat, puis devenir grise un an plus tard, comme si la couleur s'éteignait : la fibre a perdu ce qui la rendait vivante. Certains tapis de Turquie en ont été faits à une époque, avec ce résultat. C'est pour écarter ce risque que nous allons vérifier la matière dans les ateliers.
